En mars 2024, les électeurs sénégalais ont massivement voté pour le projet de rupture porté par le tandem Diomaye-Sonko. Le Pastef incarnait alors l’espoir d’une gouvernance juste, transparente et souveraine. Aujourd’hui, à peine deux ans plus tard, le président Faye décide de gouverner sans le parti majoritaire à l’Assemblée nationale. C’est un déni de démocratie aussi brut qu’inassumable.
Qui a élu Diomaye Faye ? Ce sont les militants et sympathisants du Pastef, les électeurs qui croyaient en la « Diomaye est Sonko ». Gouverner contre son propre camp, c’est renier le mandat impératif qui lui avait été confié.
Les « points de désaccord » évoqués par le Pastef – notamment sur « la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif » – ne sont que la partie émergée d’une crise profonde. Derrière les mots, il y a un désaveu cinglant : le président a choisi de s’émanciper de son propre parti, de couper les ponts avec ceux qui ont fait sa victoire, et de composer un gouvernement sans les cadres légitimes issus du suffrage.
C’est ce qu’on appelle, dans le langage populaire sénégalais, une transhumance politique inversée : celui qui a été porté par une maison décide de brûler celle-ci pour habiter ailleurs. Le peuple, lui, reste sur le bord du chemin.
En évinçant le Pastef, Diomaye Faye fragilise l’équilibre institutionnel. Le parti reste majoritaire à l’Assemblée nationale. Comment gouverner durablement sans lui ? Soit le président cherche à acheter des députés pour constituer une majorité artificielle – ce serait une corruption politique assumée –, soit il se condamne à une cohabitation impossible, bloquant toute réforme.
Mais pire encore : il trahit le vote des millions de Sénégalais qui ont glissé un bulletin Pastef dans l’urne. Ce ne sont pas les ministres qui ont été élus, c’est un projet et une famille politique. En les excluant, le président frappe au cœur de la légitimité populaire.
La seule issue légitime : des élections anticipées
Face à cette situation inédite – un président élu sur un programme, gouvernant sans le parti de ce programme et contre la majorité parlementaire issue du même mouvement –, la seule issue démocratique est l’organisation d’une élection présidentielle anticipée.
Le peuple sénégalais doit être consulté à nouveau. Veut-il toujours Diomaye Faye sans Sonko ? Veut-il un gouvernement sans le Pastef ? La réponse appartient aux électeurs, non à un président qui a décidé unilatéralement de changer les règles du jeu.
Nous disons non à cette transhumance politique où les dirigeants changent d’alliance comme de chemise, au mépris de ceux qui les ont portés au pouvoir. Le suffrage n’est pas une cautèle, c’est le fondement de notre République.
Le président Diomaye Faye doit entendre la colère légitime des militants et des électeurs. S’il persiste à gouverner sans le Pastef, qu’il assume son geste jusqu’au bout : qu’il retourne devant le peuple pour un nouveau verdict. Car en démocratie, c’est le peuple qui a toujours le dernier mot.
