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La Françafrique, une relique coloniale au service d'une candidature indigne

La Françafrique, une relique coloniale au service d'une candidature indigne
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Pendant des années, on a annoncé la mort de la Françafrique. À chaque alternance politique en Afrique de l'Ouest, on promettait une nouvelle ère fondée sur le respect mutuel, la souveraineté retrouvée et la fin des coups de téléphone venus de l'Élysée. Pourtant, alors que les intérêts stratégiques de Paris sont en jeu, les vieux réflexes ont la vie dure. Le 17 juillet 2026, un jet privé en provenance de Paris-Bourget devrait se poser à Dakar, avec à son bord Macky Sall, candidat à la tête des Nations unies.

Le scénario est soigneusement construit. Paris, via Abidjan, offre ses moyens logistiques à un candidat que son propre pays hésite encore à soutenir. Car comment prétendre conduire le monde lorsque son propre pays vous refuse son quitus ? Le président Bassirou Diomaye Faye, élu sur la promesse de rompre avec les pratiques du passé, s'est jusqu'ici gardé d'apporter son soutien à son prédécesseur.

Mais Emmanuel Macron ne recule devant rien. Selon des sources concordantes, il aurait personnellement multiplié les contacts avec le chef de l'État sénégalais pour le convaincre de revoir sa position. Et quel est l'argument avancé ? Un subtil chantage diplomatique : un geste envers Macky Sall pourrait contribuer à créer un climat politique plus favorable auprès des partenaires financiers occidentaux, notamment dans le contexte des délicates négociations entre Dakar et le FMI. Les dossiers ne seraient jamais traités séparément : diplomatie, finance internationale, influence politique et ambitions personnelles avancent sur le même échiquier. C'est là la méthode la plus classique de la Françafrique.

Si la manœuvre est politiquement discutable, elle devient moralement intenable au regard du bilan de Macky Sall. Les audits menés sous l'égide du président Diomaye Faye ont révélé une situation financière catastrophique. Une dette cachée de 7 milliards de dollars a été découverte par la Cour des comptes et confirmée par le FMI, les chiffres ayant été falsifiés entre 2019 et 2024. La dette atteint désormais 100 % du PIB, faisant du Sénégal l'un des pays les plus endettés du continent.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé une "corruption généralisée" : plus de 2 500 milliards de francs CFA auraient été dépensés sous le sceau du secret-défense pour échapper aux règles des marchés publics. Plus de 25 000 milliards de francs CFA ont été mobilisés, offrant "un champ illimité à toutes les dérives". Des agences publiques ont été utilisées pour contracter des dettes hors du circuit budgétaire, et certaines recettes futures, comme celles tirées de l'exploitation du gaz et du pétrole, ont été intégrées dans les calculs en avance.

Macky Sall dément ces accusations, mais les faits sont là, documentés par la Cour des comptes et confirmés par le FMI. Les conséquences pour le Sénégal sont désastreuses : la note du pays a été dégradée à deux reprises par Moody's, compromettant son accès aux marchés internationaux.

Un bilan humain indéfendable

Au-delà du scandale financier, le bilan de Macky Sall en matière de droits humains est tout aussi accablant. Les dernières années de son mandat ont été marquées par des violences politiques systématiques ayant entraîné la mort d'au moins 80 personnes, des centaines de blessés et l'arrestation arbitraire de plus de 500 figures de l'opposition.

Les forces de sécurité ont utilisé des munitions réelles, des milices et des unités militaires contre des manifestants généralement pacifiques qui protestaient contre le chômage des jeunes, les inégalités, la corruption et la gestion de la pandémie. Les médias ont été muselés, les réseaux sociaux coupés. Amnesty International a condamné ces actions, et la Cour de la CEDEAO a elle-même reconnu que le Sénégal avait violé les droits humains.

Une loi d'amnistie, adoptée dans les dernières semaines de la présidence de Macky Sall en mars 2024, a couvert les actes de violence commis entre 2021 et 2024. Cette loi, qualifiée de "loi d'impunité" par ses détracteurs, a depuis été révisée pour retirer l'amnistie pour des crimes spécifiques, notamment le meurtre, la torture et la disparition forcée.

Une candidature qui insulte les victimes

Face à ce bilan, la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies apparaît comme une insulte aux victimes de son régime. Comme le souligne le directeur exécutif de la section sénégalaise d'Amnesty International, "tout prétendant au poste de secrétaire général des Nations unies doit avoir un bilan irréprochable en matière des droits humains". Or, le bilan de Macky Sall est "catastrophique".

Le Dr Mbaye Cissé, président de l'Association pour la Protection des Droits Humains, va plus loin : il voit dans cette candidature une tentative de se soustraire à la justice. "Je pense qu'il est en train de chercher des refuges par rapport à son immunité", déclare-t-il. Son organisation a saisi le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme pour s'opposer à cette candidature.

Ce qui rend cette affaire particulièrement choquante, c'est le rôle qu'y joue Emmanuel Macron. Le président français, qui avait promis une "nouvelle ère" dans les relations entre la France et l'Afrique, semble avoir oublié ses belles paroles. Il mobilise tout le poids de la diplomatie française derrière un homme dont le bilan est entaché de scandales financiers et de violations des droits humains.

Plus Paris affichera son soutien, plus certains acteurs internationaux pourraient y voir la résurgence d'une logique d'influence que beaucoup disent pourtant révolue. La Françafrique n'est peut-être plus celle des bases militaires omniprésentes et des chefs d'État installés ou renversés depuis les palais présidentiels européens. Elle est devenue plus discrète, plus financière, plus diplomatique, parfois plus subtile. Mais elle continue d'alimenter un soupçon persistant : celui d'une Afrique où les grandes décisions ne seraient jamais totalement prises à Dakar, mais à Paris.

Le choix de Bassirou Diomaye Faye

Reste une question essentielle. Bassirou Diomaye Faye, élu sur la promesse de rompre avec les pratiques du passé, acceptera-t-il d'endosser un scénario qui donnerait le sentiment d'un retour aux anciennes dépendances ? Jusqu'ici, il a résisté. En mai 2026, il a clairement exprimé ses réserves, dénonçant un manque de concertation et des pressions diplomatiques. "Par respect pour la stature diplomatique du Sénégal, je ne pouvais pas apporter un quelconque soutien à cette candidature", a-t-il déclaré.

Le président sénégalais se trouve face à un choix crucial. Acceptera-t-il de se plier aux injonctions de Paris, au risque de trahir les promesses de son élection ? Ou cherchera-t-il à préserver une ligne d'indépendance, quitte à compliquer les calculs de l'Élysée ? Sa réponse dépassera largement le seul destin de Macky Sall. Elle dira beaucoup de la capacité du Sénégal à imposer sa propre souveraineté dans un monde où les rapports de force restent, plus que jamais, le véritable langage de la diplomatie.