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Sénégal : Quand la rupture politique précipite l’économie dans le précipice

Sénégal : Quand la rupture politique précipite l’économie dans le précipice
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À peine sortie des affres d’une transition sous tension, la première magistrature sénégalaise a choisi le bras de fer. En limogeant son Premier ministre Ousmane Sonko, le président Bassirou Diomaye Faye plonge le pays dans une nouvelle zone de turbulences. Mais au-delà de la mascarade des palais, c’est un édifice économique déjà chancelant qui menace de s’effondrer. Dette abyssale, entreprises à l’agonie, dilapidation des ressources par l’ancien régime : les chiffres, implacables, sonnent le glas des illusions.

Il aura suffi d’une déclaration lue sur le petit écran. Vendredi 22 mai, Ousmane Sonko, le tribun tout-puissant, n’est plus Premier ministre. « Diomaye, c’est Sonko », scandait la foule en avril 2024. « Diomaye sans Sonko », répondent aujourd’hui les décombres d’une promesse. En se séparant de son mentor et ancien compagnon de lutte, Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement tranché dans le vif du couple exécutif : il a ouvert une boîte de Pandore économique dont les répliques s’annoncent aussi brutales qu’un coup de couteau dans les finances publiques.

Car l’état des lieux que lègue l’ère Macky Sall (2012-2024) est celui d’une souveraineté obérée. Selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), la dette publique sénégalaise atteint désormais l’équivalent vertigineux de 132 % du PIB. Un seuil de non-retour qui place le Sénégal au deuxième rang des pays les plus endettés d’Afrique subsaharienne, juste derrière une région déjà asphyxiée. Pour mémoire, le seuil de vigilance communautaire de l’UEMOA est fixé à 70 % du PIB. Autant dire que le pays a franchi toutes les lignes rouges.

Face à ce mur, le nouveau gouvernement avait choisi la transparence, dénonçant la « dissimulation » de l’ancien pouvoir. Verdict : la suspension du programme d’aide du FMI, soit 1,8 milliard de dollars (1,55 milliard d’euros) gelés net. Une perfusion coupée en pleine réanimation.

Entreprises exsangues et dilapidation des deniers publics

Mais la dette n’est que la partie émergée du naufrage. Dans l’ombre, le tissu productif national craque de toute part. Les chiffres officieux des greffes des tribunaux font état d’une faillite en cascade : depuis janvier 2025, plus de 400 PME ont déposé le bilan, écrasées entre l’inflation importée, la rigueur budgétaire et une demande intérieure anémiée. Le secteur du bâtiment et des services, vitrine de l’emploi urbain, enregistre une chute d’activité de près de 35 % en un an. Les licenciements économiques se succèdent, tandis que le chômage des jeunes – cette même jeunesse qui portait le duo au pouvoir – frôle désormais les 25 %.

Ajoutons à ce tableau lugubre la dilapidation des ressources par l’ancien régime, aujourd’hui dans le collimateur de la justice qui entre temps a abandonné les poursuites. Des milliards de francs CFA auraient été détournés sur des marchés publics fictifs, dans des commissions occultes et des passations inavouables. Le président Faye l’avait promis : il rendrait l’argent. Mais avec un exécutif désormais coupé en deux, les chances de voir les prédateurs d’hier répondre de leurs actes s’amenuisent comme la confiance des investisseurs.

Dans ce décor de fin de règne, la décision de Bassirou Diomaye Faye de se séparer de son Premier ministre est un pari kaléidoscopique. Politiquement, elle est fondée : le chef de l’État dénonçait la « personnalisation excessive » du pouvoir par un Sonko devenu encombrant. Économiquement, elle est une folie. En éloignant l’homme qui incarnait la légitimité populaire – rappelons que le Pastef domine l’Assemblée nationale depuis les législatives de novembre 2024 –, le président fragilise toute réforme structurelle à venir.

Le FMI, déjà suspicieux, regarde avec effroi ce duel au sommet. L’agence de rating Moody’s, en toile de fond, n’a pas tardé à placer le Sénégal sous surveillance négative. Conséquence immédiate : les taux d’emprunt sur les marchés financiers régionaux ont bondi de 150 points de base en une semaine. Les banques locales, déjà prudentes, ferment le robinet du crédit.

Le syndrome du Titan qui s’ignore

« Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre », avait prévenu Diomaye Faye. Aujourd’hui, la sentence est tombée. Mais dans le vide sidéral laissé par Sonko, c’est tout un pays qui vacille.

Faut-il le rappeler ? Ce Sénégal-là, aux racines profondes de la teranga, avait déjà frôlé l’abîme lors des violentes manifestations de 2021 et 2023. La loi d’amnistie avait permis de panser les plaies. Mais les plaies économiques, elles, se rouvrent. Faillites en série, dette colossale, aide internationale suspendue, et maintenant crise politique aiguë : le cocktail est détonant.

Le Sénégal croyait avoir tourné la page de l’ancien monde. Il vient d’écrire, à deux encriers séparés, le premier chapitre de son nouveau chaos. Diomaye a voulu exister sans Sonko. Mais à trop vouloir marcher seul, on finit par boiter sur la dette.