Command Palette

Search for a command to run...

institutions-politiques

Ousmane Sonko ou la transformation de Pastef en parti de pouvoir

Ousmane Sonko ou la transformation de Pastef en parti de pouvoir
Partager

Réélu à la tête de Pastef-Les Patriotes lors du premier congrès ordinaire du parti, Ousmane Sonko a livré bien davantage qu'un discours de rassemblement. Derrière les références à la souveraineté, à Frantz Fanon, Thomas Sankara et Amílcar Cabral, se dessine une évolution majeure : celle d'un mouvement de contestation devenu une force de gouvernement qui cherche désormais à survivre à sa propre victoire.

Pendant plus d'une décennie, Pastef a construit son identité sur la dénonciation d'un système politique présenté comme dépendant, verrouillé et incapable de répondre aux aspirations populaires. La prison, la dissolution du parti, les affrontements avec le pouvoir et les morts des années 2021-2024 ont constitué le ciment politique et émotionnel du mouvement.

Mais le congrès de Dakar marque une rupture. Pour la première fois depuis sa création en 2014, Pastef ne parle plus comme un parti qui cherche à conquérir le pouvoir. Il parle comme un parti qui l'exerce.

«Les peuples peuvent conquérir le pouvoir sans parvenir à transformer l'État», a averti Sonko devant les congressistes. Cette phrase constitue probablement le cœur réel de son intervention. Car l'enjeu n'est plus électoral. Il devient institutionnel.

L'histoire africaine est remplie de mouvements qui ont réussi leur accession au pouvoir avant d'échouer dans la transformation de l'État. Des partis révolutionnaires sont devenus des appareils administratifs. Des mouvements populaires se sont transformés en élites éloignées de leurs bases. Des promesses de rupture ont fini absorbées par les routines bureaucratiques.

Tout au long de son discours, il revient sur la nécessité d'un «parti de masse», d'un «parti formateur» et d'un «parti discipliné». Cette insistance traduit une inquiétude : comment conserver l'énergie militante lorsque l'on contrôle désormais l'exécutif et la majorité parlementaire ?

La question dépasse largement le Sénégal.

Depuis plusieurs années, l'Afrique de l'Ouest assiste à une crise de confiance envers les formations politiques traditionnelles. Au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, cette défiance a débouché sur des ruptures institutionnelles. Au Sénégal, elle s'est traduite par une alternance démocratique.

Pastef veut désormais démontrer qu'une révolution politique peut survivre aux urnes sans passer par la force.

L'ambition est considérable. Elle suppose de transformer une organisation construite dans l'opposition en un instrument capable d'accompagner l'action gouvernementale sans perdre son identité contestataire.

La victoire de 2024 a offert à Pastef le pouvoir. Le congrès de 2026 révèle que le parti cherche désormais à construire sa longévité.

Pour Ousmane Sonko, l'enjeu n'est plus seulement de gagner une élection. Il est de prouver qu'une force née dans la rue peut durablement gouverner sans devenir ce qu'elle combattait hier.