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Ousmane Sonko : « Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour des vendettas personnelles »

Ousmane Sonko : « Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour des vendettas personnelles »
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Quatre jours après avoir été brutalement démis de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, l’ancien mentor de la mouvance présidentielle a été élu sans surprise à la tête du Parlement. Un retournement de situation stratégique qui transforme l’hémicycle en un contre-pouvoir potentiellement rédhibitoire pour l’exécutif.

C’est un symbole que la majorité présidentielle n’avait pas anticipé. Mardi 26 mai 2026, en début d’après-midi, Ousmane Sonko a fait son entrée au perchoir de l’Assemblée nationale. Sous les ors de la salle des pas perdus, l’ancien Premier ministre a reçu les lauriers d’une élection écrasante : 132 voix sur 133.

 

Cet avènement, aussi rapide qu’inéluctable, est le dernier épisode en date d’une crise politique fulgurante qui a secoué le Sénégal. Tout est allé très vite. Le 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye signait le décret n°2026-1128 limogeant son propre Premier ministre et mentor politique, actant la fin du tandem « Diomaye mooy Sonko » (Diomaye c’est Sonko) qui avait porté la rupture en 2024.

 

« Notre formation politique n’a pas été associée aux consultations qui ont conduit à la nomination d’un Premier ministre », a sèchement rappelé Ousmane Sonko dès son intronisation, refermant la porte à une simple réconciliation de façade.

 

Un « Ndiaye » démissionne, un « Sonko » entre en scène

 

Pour comprendre le coup de force institutionnel de ce mardi, il faut remonter à dimanche 24 mai. Fidèle parmi les fidèles, El Malick Ndiaye, alors président de l’Assemblée, a rendu son tablier. En quelques heures, la voie était dégagée.

 

Dans un discours d’investiture fleuve, Ousmane Sonko a d’ailleurs pris soin de caresser le camp dans le sens du poil, louant son prédécesseur avec une emphase rare : « J’ai admiré votre loyauté, j’ai admiré votre sagesse… votre civisme et votre sourire dans toute votre tâche».

 

Une manière élégante de rappeler que, contrairement à d’autres, ses partisans ne le trahissent pas.

 

« Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour des vendettas personnelles »

 

L’ancien chef du gouvernement, brièvement reconduit dans ses fonctions de député, a usé de sa tribune pour poser les bases d’un rapport de force renouvelé. Tout en affichant une tonalité apaisée, l’homme politique a dressé un bilan sans faille de son passage à la Primature : transparence sur la dette cachée, renégociations, moralisation de la vie publique, maîtrise du coût de la vie.

 

Mais derrière les hommages à Aristote et Saint Augustin, la menace est palpable. Ousmane Sonko a martelé que l’hémicycle « ne sera pas une chambre d’enregistrement », rappelant que la majorité parlementaire appartient à son parti, le PASTEF, et non au chef de l’État.

 

« On ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF. Et la seule référence du simple mot PASTEF dans un discours ne confère pas la légitimité du parti », a-t-il averti, dans une formule qui résonne comme un « droit de veto » sur la politique du nouveau Premier ministre, le technocrate Ahmadou Al Aminou Lô.

 

La leçon de Machiavel : limoger pour mieux renforcer son rival

 

Ce retournement de situation interroge la stratégie du chef de l’État. En se séparant de Ousmane Sonko sous la pression de divergences économiques profondes (gestion de la dette, réforme monétaire), Bassirou Diomaye Faye espérait probablement asseoir son autorité.

 

L’effet est inverse. En quittant la Primature, où il était contraint par une constitution qui donne la prééminence au président, Ousmane Sonko a troqué un poste d’exécutant contre un levier de souveraineté parlementaire.

 

À quelques mois de la présidentielle de 2029, l’homme, désormais éligible, possède une tribune nationale et une immunité. Le nouveau chef de l’exécutif, lui, devra désormais négocier chaque projet de loi avec un homme qui fut son alter ego politique.

 

« Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais dans une démocratie véritable, aucune fonction n’épuise la légitimité populaire », a conclu Ousmane Sonko, sous les applaudissements nourris de ses troupes.

 

L’Afrique regarde. Ce « moment de maturation démocratique », pour reprendre les mots du nouveau président de l’Assemblée, pourrait bien n’être que le début d’une longue cohabitation au sommet de l’État sénégalais.