En vingt ans, Bolloré est devenu le « Rupert Murdoch français » . Sa méthode est brutale : il achète, il vide, il recompose. Lorsqu’il met la main sur iTélé, la rédaction se vide des trois quarts de ses journalistes après trente et un jours de grève . La chaîne renaît sous le nom de CNews, bastion d’une droite dure où l’invité permanent est la polémique anti-immigration. Il réitère avec Europe 1, le JDD, ou les éditions Fayard et Grasset. À chaque fois, les journalistes « historiques » fuient ou sont poussés vers la sortie, remplacés par des chroniqueurs aux idées arrêtées .
L’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, a sanctionné à plusieurs reprises ses chaînes pour des propos dépassant les bornes de la loi : propos racistes tenus envers Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis, ou encore incitations à la haine . Mais les 7,6 millions d’euros d’amende cumulés par C8 ne sont pour cette fortune qu’un loyer modeste pour influencer l’opinion .
Pendant que ses médias diabolisent les « Arabes » et les « Noirs » de France, les filiales de son groupe jouent un tout autre jeu en Afrique. Bolloré n’est pas un homme de conviction raciale ; il est un homme d’affaires. Et en Afrique, ses affaires sentent le soufre.
La justice française l’a renvoyé devant le tribunal correctionnel pour décembre 2026 . Le motif ? « Corruption d’agent public étranger » au Togo et en Guinée. Le mécanisme est classique et cynique : l’agence de publication Havas, filiale du groupe, aurait offert ses services à prix bradé pour les campagnes présidentielles de Faure Gnassingbé (Togo) et Alpha Condé (Guinée). En échange, les présidents reconnaissants auraient facilité l’attribution de concessions stratégiques, notamment la gestion des ports de Lomé et de Conakry .
Bolloré clame son innocence et dénonce un procès partial . Mais l’ombre de la corruption plane également sur le Cameroun, où des ONG l’accusent d’intimidation de populations locales pour étendre des plantations . Ce portrait n’est pas celui d’un « raciste primaire », hurlant des insultes. C’est celui d’un racisme systémique et utilitaire : celui d’un homme qui, en France, utilise la peur de « l’autre » pour vendre du temps de parole, et qui, en Afrique, utilise la précarité des États pour acheter des contrats. Qu’importent les principes, pourvu que les ports tournent et que les audiences grimpent.
