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Une fracture Diomaye–Sonko ouvrirait le Sénégal aux influences étrangères

Une fracture Diomaye–Sonko ouvrirait le Sénégal aux influences étrangères
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La rivalité entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne menace pas seulement le Sénégal. Une rupture ouverte entre les deux hommes risque d’offrir le Sénégal aux puissances étrangères, une occasion de peser davantage sur la succession de 2029, sur la gestion des ressources nationales et sur l’orientation diplomatique du Sénégal.

Le principal risque politique auquel le Sénégal pourrait être confronté ne réside pas dans une intervention étrangère spectaculaire. Il se trouve dans une fracture durable entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, les deux dirigeants qui ont porté l’alternance de 2024. Une telle rupture a déjà affaibli le pouvoir, divisé Pastef et a fini de créer un espace que les partenaires étrangers pourraient exploiter pour défendre leurs intérêts économiques, diplomatiques et sécuritaires.

Cette vulnérabilité découle du poids stratégique acquis par le Sénégal en Afrique de l’Ouest. Le recul français au Mali, au Burkina Faso et au Niger a réduit les positions de Paris dans le Sahel. Le Sénégal représente désormais, avec la Côte d’Ivoire, l’un des États les plus importants pour la préservation de l’influence française dans la région. Sa façade atlantique, sa stabilité institutionnelle, ses ressources pétrolières et gazières ainsi que son rôle diplomatique renforcent sa valeur auprès de toutes les puissances présentes sur le continent.

Une confrontation entre Diomaye Faye et Sonko offrirait donc plusieurs portes d’entrée aux influences extérieures. Chaque camp pourrait rechercher des soutiens politiques, financiers, médiatiques ou diplomatiques pour consolider sa position. Les partenaires étrangers privilégieraient alors l’interlocuteur jugé le plus prévisible, le plus favorable à leurs contrats ou le moins susceptible de remettre en cause les accords existants.

La France occupe une place particulière dans cette équation. Paris conserve au Sénégal des intérêts économiques, culturels, financiers et militaires importants. La politique souverainiste défendue par Ousmane Sonko a régulièrement remis en question la nature des relations entre Dakar et l’ancienne puissance coloniale. Ses prises de position sur les accords de coopération, la souveraineté monétaire et la gestion des ressources nationales ont installé l’idée qu’une présidence Sonko pourrait soumettre certains partenariats à un examen plus strict.

Cette hypothèse permet toutefois de comprendre pourquoi son éventuelle candidature en 2029 serait suivie avec attention par les partenaires occidentaux du Sénégal. Toute puissance cherche à conserver un environnement favorable à ses entreprises, à sa diplomatie et à sa sécurité. Paris aurait donc objectivement intérêt à éviter une rupture brutale des relations franco-sénégalaises.

Bassirou Diomaye Faye pourrait, de son côté, être présenté par certains partenaires comme un interlocuteur plus modéré voire plus « soumis » à Paris,  selon certains sénégalais. Cette perception deviendrait politiquement dangereuse si elle se transformait en opposition entre un président soutenu par les partenaires traditionnels et le désormais Président de l’Assemblée nationale soutenu par une base souverainiste. Le débat national serait alors progressivement déplacé: au lieu de porter sur les résultats économiques, la justice sociale et la gouvernance, il deviendrait un affrontement sur l’orientation internationale du Sénégal.

Le risque d’une compétition par procuration

La France ne serait pas la seule puissance susceptible de profiter de cette division. La Chine pourrait renforcer ses positions dans les infrastructures, le commerce et le financement public. La Turquie et les pays du Golfe pourraient élargir leurs investissements. La Russie chercherait éventuellement à utiliser le discours souverainiste pour améliorer son image auprès d’une opinion ouest-africaine critique envers les anciennes puissances coloniales.

Le danger apparaîtrait lorsque les intérêts étrangers commenceraient à se superposer aux rivalités internes. Les partenaires occidentaux pourraient soutenir la continuité. Les puissances émergentes pourraient se rapprocher des responsables qui promettent une diversification des alliances. Les acteurs sénégalais risqueraient alors de devenir les relais involontaires de compétitions qui dépassent les intérêts immédiats du pays.

Cette prise extérieure pourrait également concerner les ressources naturelles. L’exploitation du pétrole et du gaz place le Sénégal face à des entreprises, des États et des institutions financières disposant de moyens considérables. Une majorité divisée négocierait moins efficacement les contrats, la fiscalité, les exportations et les investissements. Chaque camp pourrait être tenté de protéger ses alliances plutôt que de défendre une position nationale commune.

L’échéance de 2029 comme point de rupture

La présidentielle de 2029 pourrait transformer les désaccords actuels en confrontation directe. Si Diomaye Faye et Sonko ne parviennent pas à préserver un accord politique, les appareils de l’État, la justice, les ressources publiques et les soutiens étrangers pourraient devenir des instruments de compétition. Le risque serait particulièrement grave si un camp cherchait à affaiblir administrativement ou judiciairement la candidature de l’autre.

Une telle situation fragiliserait la légitimité des institutions et ranimerait les tensions observées avant l’alternance de 2024. Elle offrirait aussi aux puissances étrangères un argument pour intervenir indirectement au nom de la stabilité, de la sécurité ou de la protection de leurs investissements.

Le Sénégal n’est pourtant pas condamné à cette trajectoire. La meilleure protection contre les influences étrangères reste l’unité des institutions autour de règles claires: transparence des financements politiques, publication des accords internationaux, contrôle parlementaire des contrats, indépendance de la justice et égalité entre les candidats.

La fracture Diomaye–Sonko constituerait ainsi bien plus qu’une querelle de dirigeants. Elle affaiblirait le principal courant politique du pays, exposerait la présidentielle de 2029 aux calculs extérieurs et réduirait la capacité du Sénégal à défendre ses propres intérêts. Les puissances étrangères n’auraient alors pas besoin de provoquer la crise: elles n’auraient qu’à exploiter celle que les responsables sénégalais auraient eux-mêmes créée.