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Washington- Tel-Aviv: la machine à détruire le Moyen-Orient

Washington- Tel-Aviv: la machine à détruire le Moyen-Orient
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La guerre déclenchée fin février 2026 contre l’Iran n’est pas un accident de l’histoire. Elle est l’aboutissement logique d’une politique israélo-américaine de confrontation maximale, menée depuis des années au mépris du droit international, des équilibres régionaux et des opinions publiques. Ce conflit, qui a fermé le détroit d’Ormuz, embrasé le Liban et menacé d’internationaliser le chaos, n’a pas apporté la sécurité promise. Il a révélé au contraire l’épuisement stratégique d’Israël et la responsabilité écrasante de Washington.

Les frappes israélo-américaines contre des cibles iraniennes, suivies des représailles de Téhéran, ont immédiatement été condamnées par plusieurs États et par les Nations unies. Des juristes ont qualifié ces frappes d’illégales, y compris au regard du droit américain, et de violations flagrantes de la souveraineté iranienne. Il ne s’agit pas là d’un détail procédural : c’est le cœur du problème. L’alliance Washington- Tel-Aviv ne se défend pas, elle attaque. Elle ne stabilise pas, elle déstabilise.

Le retrait unilatéral de Donald Trump de l’accord nucléaire iranien en 2018, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, la politique de pression maximale, puis la désignation de l’Iran comme « régime responsable de tant d’instabilité dans la région » ont posé les jalons de cette explosion. En 2026, l’Iran reste debout, et c’est Israël qui vacille.

Une analyse de la Fondation Jean-Jaurès le dit sans détour : la durée effective de la guerre ne se décide pas à Jérusalem, mais à Washington. Le président américain conserve la prérogative ultime d’interrompre les opérations. L’exemple de juin 2025 est édifiant : après douze jours de combats, Donald Trump avait stoppé net une séquence non coordonnée, déclarant depuis la Maison-Blanche qu’« ils se battent depuis trop longtemps » et qu’« ils ne savent plus ce qu’ils font ».

Cette dynamique révèle une tension structurelle et une hypocrisie majeure. Israël pousse les opérations « au maximum de ses capacités », mais le décideur américain, lui, calibre l’engagement en fonction de ses priorités domestiques et régionales. Autrement dit, Israël n’est pas un allié égal : c’est un instrument. Washington tient la laisse, fournit les bombes, puis se réserve le droit de paraître raisonnable en soufflant sur les braises qu’il a lui-même allumées.

Sur le terrain, le bilan est accablant. Au Liban, la campagne de bombardements israélienne a fait des milliers de morts civils, sans briser la résistance du Hezbollah, plus tenace que prévu. L’armée israélienne, engagée sur cinq fronts – Iran, Liban, Syrie, Palestine, Irak – est, selon l’opposant Yaïr Lapid, « poussée à ses limites et au-delà ». Le chef d’état-major israélien Eyal Zamir a averti le gouvernement que l’armée était « au bord de l’effondrement » et a appelé à une loi pour accroître la conscription.

Voilà le paradoxe central : malgré une supériorité militaire écrasante, l’État hébreu n’a pas obtenu la victoire. Le Hamas est toujours au pouvoir à Gaza. Le Hezbollah résiste au Liban. L’Iran, loin d’être brisé, sort renforcé de l’épreuve. La force brute ne produit pas la sécurité ; elle produit de l’épuisement, de la haine et du chaos.

Déstabilisation régionale et alliances opportunistes

Le conflit a déclenché des ondes de choc dans toute la région. La Turquie redoute une vague de réfugiés iraniens sans précédent, tout en surveillant avec angoisse le risque d’une autonomie kurde soutenue par les États-Unis – une ligne rouge pour Ankara – alors que son économie est déjà fragilisée par une inflation à 32 %. L’Azerbaïdjan, frappé par une attaque iranienne contre l’aéroport de Nakhchivan, risque d’être entraîné plus avant dans un conflit qui, à terme, bénéficierait aux intérêts américains et israéliens.

Cette internationalisation n’est pas un accident. Elle correspond à une logique d’alliances périphériques où chaque foyer d’incendie devient une opportunité géopolitique pour l’axe Washington-Jérusalem, au détriment des peuples de la région.

Les analyses stratégiques les plus lucides pointent les échecs répétés de la politique américaine. Les interventions militaires des États-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs en matière de stabilité, de sécurité et de développement. Pourtant, Washington n’a jamais tiré les leçons de ces échecs. Le soutien inconditionnel à Israël s’est maintenu malgré une érosion dans l’opinion publique américaine, faisant de l’État hébreu un « véritable avant-poste américain en territoire arabe ».

Ce soutien aveugle n’est pas de la loyauté. C’est une politique impériale qui sacrifie les vies palestiniennes, libanaises, iraniennes – et à terme israéliennes – sur l’autel d’une hégémonie régionale dépassée.

L’accord conclu entre Washington et Téhéran en juin 2026 est largement perçu, jusque dans la classe politique israélienne, comme une victoire de l’Iran. Benyamin Netanyahou, qui avait promis de « redessiner la carte du Moyen-Orient », se retrouve acculé. L’ancien Premier ministre Ehud Barak assène : « Israël paie le prix de l’aveuglement de Netanyahou », et « l’Iran est désormais plus fort ».

Ce retournement illustre l’échec complet de la stratégie israélo-américaine. Des années de confrontation, de guerre économique, de frappes ciblées et d’opérations militaires n’ont abouti qu’à renforcer l’adversaire et à épuiser l’allié. La carte du Moyen-Orient n’a pas été redessinée par Washington ou Tel-Aviv: elle a été ravagée.