La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies devait consacrer son passage de la présidence sénégalaise vers une fonction internationale de premier rang. Elle risque plutôt d’ouvrir une autre étape. Lors du premier «straw poll» organisé le 30 juillet au Conseil de sécurité, l’ancien chef de l’État a recueilli six avis favorables contre sept défavorables, le plaçant au cinquième rang parmi sept candidats. Ce résultat, même s’il ne vaut pas élimination formelle, a révélé l’ampleur des résistances auxquelles se heurte sa candidature. Macky Sall lui-même aurait reconnu auprès du président ivoirien Alassane Ouattara qu’il ne pensait plus pouvoir être élu à la tête de l’organisation.
L’obstacle ne tient pas uniquement au rapport numérique entre soutiens et oppositions. Il traduit surtout une bataille diplomatique beaucoup plus large autour de son positionnement. L’Algérie considère l’ancien président sénégalais comme trop proche du Maroc, où il réside depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Selon les éléments disponibles, Alger a notamment travaillé la position de la Somalie, membre non permanent du Conseil de sécurité. Le Rwanda a, de son côté, manifesté son hostilité à la candidature sénégalaise et aurait cherché à peser sur le Pakistan, également membre du Conseil.
À ces oppositions s’est ajoutée l’absence d’un soutien africain suffisamment homogène. Kigali avait déjà contesté en avril la procédure envisagée pour permettre à Macky Sall d’obtenir l’appui de l’Union africaine sans vote formel des États membres. L’entrée tardive dans la course de l’Ougandais Olara Otunnu, soutenu par Yoweri Museveni, a encore fragmenté le vote africain. Pour un candidat qui entendait faire valoir son expérience de chef d’État et sa connaissance des grands dossiers du continent, cette dispersion constitue un handicap majeur.
La France a certes apporté sa voix à Macky Sall, conformément au soutien qu’Emmanuel Macron lui accorde depuis plusieurs années. Paris avait déjà encouragé l’ancien président sénégalais à envisager une carrière internationale après son départ du pouvoir et avait soutenu sa nomination comme envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète. Mais l’appui français ne suffit pas. La France soutient également l’ancienne vice-présidente costaricaine Rebeca Grynspan, tandis que plusieurs capitales européennes paraissent privilégier l’accession d’une femme d’Amérique latine au secrétariat général. Même le déplacement discret de Macky Sall à Londres fin juillet n’aurait pas permis d’inverser la position britannique.
L’échec probable de cette candidature ne signifie toutefois pas l’échec de toute stratégie internationale. Macky Sall semble désormais considérer la campagne onusienne comme un moyen de réactiver ses contacts, de restaurer sa visibilité et de consolider des relations entretenues pendant ses douze années à la tête du Sénégal. Sa tournée discrète en Afrique de l’Ouest et centrale après le vote du 30 juillet l’illustre. À Abidjan, il a longuement échangé avec Alassane Ouattara. À Lomé, il a rencontré Faure Gnassingbé. Au Congo, Denis Sassou-Nguesso lui a remis le titre de docteur honoris causa de l’université de Kintélé.
Ces déplacements dessinent progressivement une seconde voie: celle d’un ancien président susceptible de se positionner comme intermédiaire sur des crises internationales où son expérience africaine, ses relais occidentaux et ses contacts avec plusieurs chefs d’État peuvent constituer un avantage. Son nom avait déjà circulé pour une mission en Haïti. Fin juin, il a également été évoqué autour du dossier soudanais. Macky Sall a surtout fait savoir qu’il suivait avec intérêt les crises au Soudan et à Gaza et qu’il serait disposé à s’y investir.
Du secrétariat général à la médiation
Le Soudan et Gaza offrent toutefois deux terrains d’une tout autre nature que la compétition institutionnelle pour le secrétariat général. Une médiation ne repose pas sur un scrutin entre États, mais sur la capacité à être accepté simultanément par des camps aux intérêts antagonistes. Pour Macky Sall, l’enjeu serait donc de transformer un réseau diplomatique étendu en crédibilité opérationnelle. Sa proximité avec plusieurs capitales occidentales peut lui ouvrir des portes, mais elle pourrait aussi devenir un sujet de défiance auprès d’acteurs recherchant un médiateur perçu comme plus éloigné des anciennes puissances d’influence.
Le dossier soudanais apparaît, à ce titre, plus directement relié à son parcours africain. Les contacts entretenus avec de nombreux dirigeants du continent et son expérience à la présidence de l’Union africaine peuvent lui offrir une base politique. Gaza représente un terrain plus complexe encore, où les rapports de force dépassent largement le cadre africain et impliquent les États-Unis, les puissances européennes, les États arabes, Israël ainsi que les organisations internationales. Aucune fonction précise n’est, à ce stade, confirmée dans l’un ou l’autre dossier.
Cette recherche d’un rôle international ne ferme d’ailleurs pas la porte au Sénégal. Macky Sall aurait confié à Alassane Ouattara puis à Faure Gnassingbé qu’il réfléchissait parallèlement à un retour dans l’arène politique nationale, avec l’échéance de 2029 en ligne de mire. Son bref retour à Dakar le 17 juillet et la décrispation avec Bassirou Diomaye Faye montrent que l’ancien président conserve plusieurs options ouvertes.
Macky Sall se retrouve ainsi à un moment charnière. La fonction de secrétaire général des Nations unies, qui devait constituer l’aboutissement le plus prestigieux de son après-présidence, semble s’éloigner. Mais cette campagne lui aura permis de reprendre contact avec des capitales décisives, de réoccuper l’espace diplomatique et de tester son acceptabilité internationale. Entre le Soudan, Gaza et les recompositions politiques sénégalaises, l’ancien chef de l’État paraît désormais chercher moins un titre qu’un rôle: celui d’un ancien président africain capable de rester utile dans les crises où diplomatie, influence et médiation se rencontrent.
