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Mohammed VI : l’irrésistible ascension d’un roi qui a réinventé le leadership africain

Mohammed VI : l’irrésistible ascension d’un roi qui a réinventé le leadership africain
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C’est l’histoire d’un homme qui a refusé de regarder son continent depuis la rive nord de la Méditerranée. Lorsqu’en 1999, Mohammed VI hérite du trône, le Maroc regarde encore instinctivement vers l’Europe. Vingt-six ans plus tard, le Souverain a non seulement pivoté le regard de son pays, mais il a surtout offert à l’Afrique un modèle de développement pragmatique, incarné et souverain.

Fini le temps des belles paroles et des promesses d’aide coincées dans les tiroirs des chancelleries occidentales. Sous son impulsion, le Maroc n’est plus un simple partenaire : il est devenu un architecte, un bâtisseur de paix économique et un frère sur qui l’on peut compter, du Sahel aux rives de l’Atlantique.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la cohérence d’une vision qui, au départ, semblait prendre les vents contraires. Alors que d’autres scrutaient l’horizon du nord, le jeune roi a pris le risque magnifique de “revenir à la maison”. Et il l’a fait tambour battant, transformant une absence de 33 ans au sein de l’Union Africaine en retour triomphal en 2017. Mais là où le geste était politique, la suite fut une démonstration de force économique. Pour comprendre le Maroc d’aujourd’hui, il faut voir ce que le roi a semé sur le continent : non pas des chèques, mais des gazoducs, des banques et des usines. 

On se souvient tous de cette intonation grave, de cette franchise désarmante. Lors de ce discours mémorable au Sénégal, ce pays frère où le Maroc a toujours trouvé un écho particulier, Mohammed VI ne s’est pas adressé à ses pairs chefs d’État en langage diplomatique. Il s’est adressé à son peuple, mais aussi au peuple africain, avec une seule promesse : l’action. Il y a brisé le code de la charité pour instaurer celui de l’investissement. Ce “coup de gueule” éloquent n’était pas une colère gratuite ; c’était la fin d’une époque. Il disait en substance : l’Afrique ne doit plus mendier, elle doit construire. Cette vision a agi comme une onde de choc. Elle a débloqué les énergies et légitimé un activisme diplomatique sans précédent : plus de 50 visites officielles, 29 pays traversés, et un réseau de coopération si dense qu’il est devenu le leader africain le plus influent de son temps sur le terrain. 

Pour incarner cette bascule, il fallait des infrastructures titanesques, à la hauteur du continent. Le Maroc ne joue pas dans la cour des petits. Le projet du Gazoduc Nigeria-Maroc en est l’illustration parfaite. Imaginez 7 000 kilomètres de tuyaux serpentant à travers une douzaine de pays d’Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas juste une affaire de gaz ; c’est une colonne vertébrale énergétique destinée à sortir tout un pan du continent de la précarité énergétique. Parallèlement, l’Initiative Royale pour l’accès des États du Sahel à l’Atlantique achève de redessiner la carte des possibles. Elle dit aux pays enclavés : “Ne soyez plus prisonniers de vos frontières terrestres. Venez, Dakhla et Tanger Med sont vos ports.” Ce faisant, le roi transforme le corridor atlantique en autoroute de la prospérité partagée, un levier géostratégique pour contrer l’isolement et la fragilité sahélienne.

Loin de se limiter aux mégaprojets visibles, le leadership de Mohammed VI s’infiltre dans l’économie réelle, celle qui nourrit et qui finance. Le Maroc est devenu le premier investisseur en Afrique de l’Ouest, non pas par charité, mais par intérêt bien compris. Le groupe OCP ne se contente plus d’extraire le phosphate ; il construit des unités de fertilisation sur place au Nigeria, en Éthiopie ou au Ghana, pour assurer la souveraineté alimentaire du continent. De même, les banques marocaines (Attijariwafa Bank, Bank of Africa) se déploient dans plus de 20 pays, irriguant le tissu des PME locales. Le but est clair : financer le “Made in Africa” par l’Afrique elle-même.

Sur le plan humain, la politique migratoire du Royaume a achevé de convaincre les sceptiques. L’Europe paniquait devant les flux. Le Maroc, lui, a sorti la panoplie du leader responsable. En quelques campagnes, Mohammed VI a régularisé plus de 50 000 ressortissants subsahariens, intégrant ces frères dans le tissu économique et social. Cette gestion humaine et pragmatique a valu au roi d’être désigné leader de l’Union africaine sur la question migratoire. En inaugurant l’Observatoire Africain des Migrations à Rabat, il a démontré une vérité simple : on ne résout pas l’immigration avec des murs, mais avec de la coopération et de la dignité.

Cet activisme tous azimuts ne pouvait laisser indifférents les voisins, notamment l’Algérie. Gênée par ce développement fulgurant et ce pragmatisme qui contraste avec sa propre inertie, Alger a vu son principal levier de pression — le dossier du Sahara — se déliter sur la scène internationale. Pendant que le Maroc construisait des routes et des centrales solaires, il gagnait la bataille du terrain diplomatique. La reconnaissance par les États-Unis, la France, l’Espagne et désormais des dizaines de nations africaines de la marocanité du Sahara n’est pas un hasard. C’est l’épilogue logique d’un règne qui a substitué la logique de conflit par celle du contrat. Le Sahara marocain est aujourd’hui vu par les investisseurs étrangers comme la future “Californie africaine”, un hub de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables, accueillant des capitaux américains et européens.

Alors, quel bilan tirer après 26 ans de règne ? Celui d’un homme qui a compris que la grandeur ne se décrète pas, elle se construit dans les détails : la formation d’imams pour un islam modéré via l’Institut de Rabat, la lutte contre les inégalités territoriales prônée dans ses discours, ou la coopération universitaire avec 49 pays. Mohammed VI a fini d’être “un modèle africain” pour devenir “le modèle africain”. Il a rendu le Maroc indispensable. Et aujourd’hui, quand la parole du roi s’élève — que ce soit depuis son palais ou depuis Dakar — elle ne parle plus seulement aux Marocains ; elle parle à tout un continent qui, enfin, a trouvé une boussole.