Depuis sa réintégration à l’Union africaine en janvier 2017, le Maroc a renforcé de manière continue sa présence sur le continent à travers une combinaison d’investissements directs, d’accords bilatéraux et d’initiatives sectorielles. Le ministère marocain des Affaires étrangères indique en 2025 que plus de 1.000 accords ont été signés avec des pays africains depuis cette date, couvrant les secteurs bancaire, agricole, énergétique et logistique. Cette expansion s’inscrit dans une volonté de structurer une influence économique durable plutôt que ponctuelle.
Cette orientation repose sur un mécanisme précis associant capital public, entreprises privées et diplomatie économique. Bank Al-Maghrib souligne dans son rapport annuel 2024 que l’Afrique subsaharienne représente près de 40% des investissements directs marocains à l’étranger, confirmant la priorité continentale. Cette allocation permet aux groupes marocains de s’implanter durablement dans des secteurs clés, tout en consolidant les flux commerciaux et financiers entre le Maroc et ses partenaires africains.
Les principaux acteurs de cette stratégie incluent des institutions financières et des groupes industriels. Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire et Bank of Africa sont présents dans plus de 20 pays africains. Selon leurs rapports consolidés 2024, une part significative de leurs résultats provient désormais du continent. À ces acteurs s’ajoutent OCP Group dans les engrais, Maroc Telecom dans les télécommunications et les opérateurs énergétiques engagés dans des projets d’infrastructures.
Les effets économiques de ce déploiement sont mesurables. L’Office des Changes indique que les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique ont atteint 52,7 milliards de dirhams en 2024, soit une progression de 6,5% sur un an. Les exportations marocaines vers l’Afrique concernent principalement les produits industriels, les engrais et les services. Cette diversification distingue la position marocaine d’autres partenaires dont les échanges restent concentrés sur les matières premières.
Cette évolution produit une lecture continentale différenciée. En Afrique de l’Ouest, le Maroc renforce sa présence dans les secteurs bancaire et agricole, notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali. La Banque africaine de développement indique en 2025 que plusieurs projets agricoles et énergétiques portés par des entreprises marocaines contribuent à la sécurité alimentaire et à l’électrification rurale. Cette implantation consolide des relations économiques de long terme.
Ce déploiement se prolonge en Afrique centrale et orientale, où le Maroc développe des partenariats industriels et logistiques. Le port de Tanger Med, dont la capacité a dépassé 9 millions de conteneurs en 2024 selon l’Agence spéciale Tanger Med, constitue un point d’appui pour les échanges avec l’Afrique. Cette infrastructure facilite l’intégration du Maroc dans les chaînes logistiques régionales et internationales.
Infrastructures, agriculture et énergie : des axes structurants
La stratégie marocaine s’appuie sur des projets structurants à l’échelle continentale. Le projet de gazoduc Nigeria–Maroc illustre cette ambition. Selon les données officielles de la CEDEAO et du ministère marocain de l’Énergie, ce projet vise à relier plus de 13 pays ouest-africains sur plus de 5.600 kilomètres. Son objectif est de sécuriser l’approvisionnement énergétique régional tout en favorisant l’industrialisation.
Ce positionnement se renforce dans le secteur agricole. OCP Africa, filiale du groupe OCP, a déployé des unités de production d’engrais et des programmes de formation dans plusieurs pays africains. Le groupe indique dans son rapport 2024 avoir accompagné des millions d’agriculteurs africains via des solutions adaptées aux sols locaux. Cette approche associe production industrielle et transfert de compétences, renforçant la sécurité alimentaire.
Dans le domaine énergétique, les investissements marocains se concentrent sur les énergies renouvelables et l’électrification. La Banque mondiale souligne en 2025 que plusieurs projets solaires et hydroélectriques impliquant des opérateurs marocains contribuent à l’augmentation des capacités énergétiques en Afrique de l’Ouest. Cette orientation répond à une demande continentale forte liée à la croissance démographique et industrielle.
Diplomatie économique et influence institutionnelle
Le déploiement marocain s’accompagne d’une diplomatie active au sein des institutions africaines. Le Maroc participe à plusieurs initiatives de coopération régionale, notamment dans les domaines de la formation, de la sécurité et de la finance. Le FMI indique en 2025 que le Maroc joue un rôle croissant dans les programmes de coopération Sud-Sud, en partageant son expertise en matière de gestion macroéconomique et de politiques publiques.
Cette présence se traduit également par une multiplication des visites officielles et des accords bilatéraux. Le ministère des Affaires étrangères rapporte une intensification des échanges diplomatiques avec plus de 30 pays africains entre 2024 et 2025. Cette activité diplomatique soutient directement les intérêts économiques et renforce les positions marocaines dans les négociations régionales.
Les implications géostratégiques de cette stratégie apparaissent dans les rapports de force internationaux. Face à la présence de la Chine, de l’Union européenne et des États-Unis, le Maroc adopte une approche complémentaire fondée sur des partenariats sectoriels et une proximité géographique. Cette position intermédiaire permet au Royaume de jouer un rôle d’interface entre l’Afrique et les marchés internationaux.
Les effets de cette politique sont visibles dans la perception du Maroc comme partenaire fiable. La Banque africaine de développement souligne en 2025 que les projets marocains se caractérisent par une continuité d’exécution et une adaptation aux besoins locaux. Cette crédibilité renforce la capacité du Maroc à sécuriser de nouveaux projets et à étendre son influence.
