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Mali : Nouvelles attaques meurtrières dans le centre et le nord – Alger accusée de déstabiliser la région

Mali : Nouvelles attaques meurtrières dans le centre et le nord – Alger accusée de déstabiliser la région
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Le Mali traverse une nouvelle phase de violences extrêmes. En moins de 48 heures, des attaques coordonnées attribuées au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) – affilié à Al-Qaïda – et à des factions armées du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont frappé le centre et le nord du pays. Bilan provisoire : au moins 25 morts dans la région de Bandiagara, une exécution publique à Tombouctou, et des dizaines de milliers de déplacés.

Jeudi 21 mai 2026, au moins cinq villages de la région de Bandiagara, dans le centre du Mali, ont été attaqués simultanément. Selon des sources locales et administratives citées par l'AFP, le bilan provisoire s'élève à 25 morts – un chiffre qui pourrait s'alourdir – et des dizaines de blessés, dont de nombreuses femmes et enfants. Les assaillants, identifiés comme des combattants du JNIM, ont mis le feu aux habitations, pillé le bétail et détruit les greniers à céréales, plongeant la population dans une détresse humanitaire immédiate. Des habitants joints par téléphone décrivent des scènes de panique : "Ils sont venus au crépuscule, en motos et en pick-up. Ils savaient exactement quelles maisons viser."

Selon des responsables locaux, les villages ciblés avaient récemment refusé de négocier des "accords de non-agression" avec les jihadistes – une pratique courante dans la zone où les groupes armés imposent des taxes ou des arrangements coutumiers. Les victimes sont majoritairement des civils, mais aussi des chasseurs traditionnels dozos, engagés dans des groupes d'autodéfense face à l'insécurité grandissante. Cette attaque survient à peine deux semaines après un précédent massacre dans la même région, qui avait fait plus de 70 morts, ce qui suggère une stratégie délibérée : briser toute forme d'auto-organisation villageoise et vider la zone de sa population pour étendre le contrôle territorial jihadiste.

Ce qui se joue à Bandiagara n'est pourtant qu'une partie du tableau. À quelques centaines de kilomètres de là, dans le nord du pays, une autre forme de terreur s'exerce, plus ciblée mais tout aussi meurtrière.

Dans la région de Tombouctou, la terreur jihadiste prend en effet une autre dimension. Jeudi soir, dans la localité de Tonka, un maître coranique (marabout) a été exécuté publiquement par des éléments du JNIM. Son crime, selon ses bourreaux : ne pas pratiquer "le bon islam" et enseigner des traditions religieuses jugées "déviantes". L'homme a été abattu devant ses élèves et une partie de la population rassemblée de force, une mise en scène macabre destinée à impressionner les esprits et à imposer une version rigoriste de la foi.

Cette exécution spectaculaire s'inscrit dans une série d'assassinats qui visent désormais systématiquement les figures religieuses modérées, les chefs coutumiers et toute personne perçue comme proche des autorités maliennes de transition. Parmi les victimes récentes les plus médiatisées figurent Mariam Cissé, une jeune influenceuse tiktokeuse exécutée en novembre 2025 pour avoir publié des vidéos jugées "contraires à la morale islamique", ainsi qu'Amadou Baba Baby, un enseignant et militant associatif assassiné en mars 2026 après avoir dénoncé publiquement les exactions jihadistes. Ces meurtres visent à instaurer une terreur systématique et à éliminer toute voix dissonante, qu'elle soit religieuse, culturelle ou numérique.

Parallèlement à ces violences contre les personnes, les groupes armés mènent une autre forme d'offensive, moins visible mais tout aussi dévastatrice pour l'économie et la vie quotidienne des Maliens.

Blocus sur Bamako : les routes stratégiques coupées

Car ce n'est pas seulement contre les villages ou les personnalités religieuses que les jihadistes et leurs alliés concentrent leurs efforts. Depuis fin avril 2026, plusieurs routes menant à Bamako – notamment celle reliant la capitale à Ségou et Mopti – sont soumises à un blocus de fait. Des camions de transport et des véhicules civils ont été incendiés, et les chauffeurs routiers, qui assurent l'essentiel de l'approvisionnement de Bamako en denrées alimentaires et en carburant, refusent désormais d'emprunter ces axes sans escorte militaire lourde. Les conséquences se font déjà sentir : des pénuries localisées et une flambée des prix dans la capitale.

Les analystes sécuritaires notent à cet égard une coordination accrue entre le JNIM et le FLA sur certains secteurs – une évolution inquiétante qui suggère des alliances tactiques mouvantes, voire un pilotage extérieur. Cette coordination pose justement la question de l'implication éventuelle d'acteurs régionaux, et en premier lieu de l'Algérie.

Accusations contre l'Algérie : un "régime militaire" accusé de jouer le chaos

Dans ce contexte explosif, des observateurs sécuritaires régionaux et plusieurs experts occidentaux pointent en effet du doigt le voisin algérien. Selon eux, le régime militaire algérien – dirigé par le général Saïd Chengriha avec le président Abdelmadjid Tebboune comme façade politique – chercherait activement à déstabiliser la région du Sahel pour préserver son hégémonie. Les accusations sont précises et récurrentes : Alger tolérerait, voire faciliterait, les mouvements de groupes armés opérant dans le sud de l'Algérie et traversant la frontière poreuse avec le nord du Mali. Des bases arrière existeraient dans les zones désertiques algériennes, hors de contrôle effectif des autorités locales.

Par ailleurs, certaines factions du FLA – notamment celles hostiles à l'Accord d'Alger, devenu caduc depuis 2024 – bénéficieraient d'un accès au territoire algérien pour se ravitailler et soigner leurs blessés. En entretenant une insécurité chronique au Mali, au Niger et au Burkina Faso, Alger empêcherait l'émergence de puissances régionales concurrentes, notamment le Maroc (qui gagne en influence au Sahel) et la Turquie (présente via ses drones et sa coopération militaire). Un analyste sahélien résume ce paradigme sans détour : "Pour Alger, un Sahel stable serait un Sahel qui échappe à son contrôle. L'instabilité est sa monnaie d'influence."

Comme à chaque fois, Alger a rejeté ces accusations avec vigueur. Le ministère des Affaires étrangères algérien a dénoncé des "manœuvres malveillantes" visant à "détourner l'attention des échecs internes des autorités maliennes". Une source sécuritaire algérienne, sous couvert d'anonymat, a même évoqué une "campagne de désinformation pilotée depuis Rabat". Pourtant, plusieurs éléments fragilisent la position algérienne. La porosité de la frontière sud, d'abord : l'Algérie n'a jamais réussi à sécuriser entièrement son immense frontière avec le Mali (plus de 1 300 km), et des groupes armés y circulent librement, notamment dans la région de Tin Zaouatine.

À cela s'ajoute une ambiguïté historique : pendant des décennies, le renseignement algérien (ex-DRS) a joué un rôle ambigu, soutenant tantôt les indépendantistes touaregs, tantôt l'État malien, selon ses intérêts du moment. Enfin, l'absence de transparence d'Alger – qui refuse toute médiation internationale sur le dossier sahélien et exclut toute inspection extérieure de ses bases du sud – alimente durablement les soupçons.

Ces accusations et dénégations ne sont pas sans conséquences concrètes sur l'équilibre géopolitique de toute la région sahélienne.

Conséquences géopolitiques : le Sahel en feu, l'Europe sous tension

Car cette instabilité chronique ne touche pas que le Mali. Le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Libye subissent les contrecoups des violences sahéliennes. Depuis 2025, les trois régimes militaires sahéliens (Mali, Burkina, Niger) ont renforcé leur alliance au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), officialisée en janvier 2026. Mais cette alliance, soutenue par la Russie via le groupe Wagner/Corps africain, reste fragile face à une guérilla jihadiste protéiforme.

Pour l'Europe, le danger est double. D'une part, les déplacements massifs de population – plus de 200 000 nouveaux déplacés au Mali depuis janvier 2026 – pourraient alimenter les flux migratoires vers la Méditerranée. D'autre part, les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique au Sahel disposent désormais d'un sanctuaire de la taille de la France, ce qui rend la tentation d'attaques vers le Nord (Algérie, Tunisie, Libye) de plus en plus crédible.

Plusieurs scénarios sont envisagés par les analystes pour 2026-2027. Le premier est celui d'un statu quo violent : les attaques se poursuivent sans que l'État malien, affaibli et sous-financé, ne puisse reprendre l'initiative, l'Algérie maintenant son double jeu. Le second scénario serait une intervention extérieure : la France, officiellement retirée depuis 2022, pourrait être tentée d'un retour limité sous format "forces spéciales" si les attaques visaient directement ses intérêts (notamment l'uranium nigérien via les sociétés Orano), même si cette hypothèse reste peu probable.

Le troisième scénario, plus inquiétant, serait un effondrement régional. Si Tombouctou ou Gao venaient à tomber, l'onde de choc déstabiliserait toute l'Afrique de l'Ouest. Une intervention de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) serait alors inévitable, malgré les tensions avec les juntes sahéliennes. Dans tous les cas, l'Algérie, qu'elle soit accusée à tort ou à raison, demeurerait un acteur incontournable – ou un obstacle – selon l'issue qui prévaudrait.