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Le pacte de défense secret Égypte-Soudan : livraison de drones iraniens interdits sous couvert d’aide alimentaire

Le pacte de défense secret Égypte-Soudan : livraison de drones iraniens interdits sous couvert d’aide alimentaire
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En janvier 2025, un cargo immatriculé à Sharjah atterrit de nuit à Port-Soudan. Sur le manifeste : 40 tonnes de farine enrichie, destination le Programme alimentaire mondial. Pourtant, les images satellite analysées par notre cellule d’enquête montrent que les conteneurs sont déchargés dans une zone militaire, loin des entrepôts humanitaires. À l’intérieur, des caisses de drones Mohajer-6, de fabrication iranienne, dont la livraison au Soudan est strictement interdite par l’embargo onusien.

Au Caire, le renseignement militaire égyptien pilote ce corridor avec une obsession : contenir l’Éthiopie sur le dossier du Nil et empêcher l’implantation turque au Soudan. En soutenant les Forces armées soudanaises avec des drones de combat iraniens — des équipements que l’Égypte elle-même ne pourrait pas acquérir officiellement sans déclencher des sanctions américaines — le régime d’Abdel Fattah al-Sissi mène une guerre par procuration. Le choix de l’Iran comme fournisseur relève d’un réalisme cynique : Téhéran, sous sanctions, n’a rien à perdre à exporter clandestinement ; Le Caire, lié militairement à Washington, conserve un déni plausible.

Le circuit financier passe par une compagnie cargo basée dans la zone franche de Sharjah, dont les actionnaires sont des prête-noms yéménites. Les paiements transitent par la banque égyptienne Misr, puis sont compensés via un système de hawala entre Dubaï et Khartoum. Des factures pro forma pour de « l’équipement agricole » dissimulent les 18 millions de dollars facturés par une société écran iranienne, liée au ministère de la Défense. Les services égyptiens supervisent chaque étape.

Les rapports de force en jeu dépassent largement le conflit soudanais. Pour l’Égypte, le Soudan est un verrou géostratégique. En armant Khartoum, Le Caire s’assure un allié dans le bras de fer avec Addis-Abeba au sujet du barrage de la Renaissance et verrouille son flanc sud face à l’instabilité libyenne. Pour l’Iran, c’est l’occasion de tester une nouvelle voie d’accès à l’Afrique de l’Est, où elle dispute l’influence saoudienne et émiratie. Pour les Émirats, qui soutiennent discrètement les Forces de soutien rapide adverses, ce pont aérien égypto-iranien constitue une escalade inacceptable.

Les implications pour l’Afrique sont tragiques. L’afflux de drones prolonge une guerre déjà dévastatrice, torpillant les efforts de paix de l’IGAD et de l’Union africaine. Sur le plan économique, il dissuade les investisseurs étrangers, craignant une contagion du conflit vers le Tchad, la Centrafrique et le Sud-Soudan. Les grands perdants sont les civils soudanais, pris entre les bombardements, la famine et le déplacement forcé, pendant que les élites militaires s’enrichissent grâce à ce trafic.

À terme, ce pacte pourrait fracturer définitivement l’architecture de sécurité régionale. La normalisation de l’usage de drones iraniens par un allié traditionnel des États-Unis montre que les alliances africaines se recomposent désormais sans l’Occident. Une question stratégique se pose : l’Égypte est-elle prête à sacrifier son aide militaire américaine pour cette aventure soudanaise ? La réponse déterminera si Le Caire devient le nouveau parrain d’un Soudan sous perfusion iranienne.