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Gianni Infantino, fossoyeur du football : anatomie d’une décennie de prédation

Gianni Infantino, fossoyeur du football : anatomie d’une décennie de prédation
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Il s’appelle Gianni Infantino, crâne lisse et sourire de cire figé dans une perpétuelle contorsion de contentement, est de ceux-là. Depuis 2015, cet homme est le président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). Il en est le dixième souverain, et sans doute le plus nuisible, parce qu’il est le plus cynique. Là où ses prédécesseurs se cachaient derrière des circonlocutions mafieuses et des complicités occultes, Infantino, lui, opère à ciel ouvert. Il ne gère plus la corruption comme un vice caché ; il l’érige en méthode de gouvernance. Il ne subit plus la dérive ultracapitaliste du football ; il la célèbre comme un dogme. Il n’est plus un dirigeant : il est l’incarnation gélatineuse et clinquante d’un système qui a décidé de broyer le sport pour en extraire chaque centime, jusqu’à l’os, jusqu’à la nausée.

L’édition 2026 de la Coupe du Monde, qui s’ouvrira le 11 juin dans un triangle géographique absurde – États-Unis, Canada, Mexique –, est le monument érigé à sa gloire. Un monument bâti non pas en hommage au football, mais en offrande au veau d’or de la finance. Quarante-huit équipes. Un format obèse, distendu, pensé par et pour des logiques comptables, qui piétine délibérément l’intégrité sportive et la santé des joueurs sous le prétexte fallacieux de l’universalisme. Car il faut comprendre l’essence du personnage : Infantino n’aime pas le football. Il méprise ce qu’il représente d’imprévisible, de populaire et de passionnel. Ce qu’il aime, c’est ce qu’il peut en soutirer. Des contrats. Des commissions occultes. De l’influence. Et une scène mondiale où il peut jouer la comédie du grand homme d’État, lui, le petit juriste suisse sans envergure, fils d’immigrés italiens, qui a construit son règne sur l’effacement méthodique de toute probité.

Pour mesurer l’étendue du désastre Infantino, il faut rappeler l’état des lieux dont il a hérité. Ses deux prédécesseurs emblématiques, João Havelange et Sepp Blatter, ont patiemment institutionnalisé une corruption systémique. Sous leurs règnes, la FIFA était un État voyou, régi par le clientélisme, les valises de billets et les marchandages diplomatiques. Mais cette corruption avait encore le visage de la honte. Elle se pratiquait dans les arrière-boutiques de palaces zurichois, par des intermédiaires au regard fuyant. L’hypocrisie était le dernier hommage rendu par le vice à la vertu.

L’accession d’Infantino au trône, en février 2016, s’est déroulée dans les vapeurs toxiques du plus grand scandale de l’histoire du sport. Le « FIFAgate », démantèlement judiciaire retentissant opéré par la justice américaine, avait emporté une grande partie de l’état-major de la fédération. C’est dans ce vide abyssal, dans cette puanteur d’égout, que Gianni Infantino a surgi. Présenté comme l’homme du renouveau, le candidat de la transparence, il était en réalité le fruit pourri d’un système qu’il n’a jamais eu l’intention de réformer. Secrétaire général de l’UEFA sous l’égide de Michel Platini, lui-même emporté par un scandale de paiement déloyal, Infantino était l’exécutant. Le bureaucrate méticuleux, chargé de la besogne administrative. Son élection fut un putsch feutré, un tour de passe-passe qui permit à la caste dirigeante de survivre à sa propre gangrène en installant à sa tête un homme assez médiocre pour être docile, et assez ambitieux pour être impitoyable.

Sa première décision majeure fut de faire voter l’extension du nombre de membres du Conseil de la FIFA et la suppression de la commission d’éthique indépendante. Autrement dit, le nouveau shérif, sitôt la plaque épinglée, a commencé par désarmer la police et remercier les juges. Le message était d’une clarté abyssale : la parenthèse morale était refermée. L’ère de l’impunité totale pouvait recommencer, mais cette fois sans masque. Le serpent venait de muer, et sa nouvelle peau était plus lisse, plus insaisissable, plus écœurante encore.

La méthode Infantino : corruption légale et concussion institutionnalisée

L’innovation majeure de Gianni Infantino dans l’histoire de la prédation footballistique est d’avoir perfectionné la corruption légale. Il ne s’agit plus d’acheter des voix avec des mallettes, mais de s’acheter des loyautés avec des promesses, des postes, et des subventions massives distribuées à des fédérations nationales réduites à l’état de clientes. Le programme « FIFA Forward », officiellement destiné au développement du football, est en réalité une gigantesque machine à acheter les consciences. Chaque fédération, chaque confédération, reçoit des millions de dollars directement du bureau du président. Les contrôles ? Quasi inexistants. Le suivi ? Une plaisanterie. L’argent coule à flots vers des potentats locaux qui, en échange, n’ont qu’une seule obligation : voter docilement pour le Guide. C’est une restructuration mafieuse du pouvoir, où la dépendance financière remplace la menace physique.

Ce système a fait d’Infantino le président le plus dangereux de l’histoire. Il est impossible à déloger. Son assise n’est pas fondée sur une légitimité élective réelle, mais sur un réseau de dépendances occultes. Les princes du Golfe, avec lesquels il a tissé des liens incestueux, lui assurent une couverture diplomatique. L’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, cette honte gravée dans la chair des ouvriers morts, ce tombeau à ciel ouvert de milliers de travailleurs exploités, Infantino l’a non seulement défendue, mais sanctifiée. Il a osé, dans un discours devenu l’archétype du cynisme moderne, déclarer qu’il se sentait « homosexuel, handicapé, travailleur migrant » le jour de l’ouverture de ce tournoi acheté à la sueur et au sang. Cette phrase, cette insulte, est une clé pour comprendre le mépris abyssal de cet homme. Il ne s’est pas excusé. Il n’a pas pleuré les morts. Il les a vampirisés rhétoriquement pour se donner le beau rôle, transformant une tragédie humanitaire en argument marketing pour sa propre indulgence.

La Coupe du Monde 2026 : le chef-d’œuvre d’une logique prédatrice

L’édition 2026 de la Coupe du Monde est la synthèse la plus aboutie de cette gouvernance démente. L’idée de faire passer le tournoi de 32 à 48 équipes n’a rien d’une volonté démocratique. C’est un calcul cynique : plus d’équipes, c’est plus de matches. Plus de matches, c’est plus de droits de télévision à vendre aux chaînes du monde entier, plus de billets à surfacturer, plus d’hospitalités VIP à monnayer. La formule sportive, un indigne passage de groupes à trois, est une usine à matchs nuls arrangés et à calculs comptables qui tueront le suspense. Infantino le sait. Mais il s’en moque. La Coupe du Monde n’est plus une compétition sportive ; elle est une foire commerciale itinérante où le sport n’est que le prétexte.

L’attribution géographique à l’Amérique du Nord tient de la même veine. Infantino a livré le Mondial 2026 sur un plateau à Donald Trump, son ami, son protecteur politique, celui dont il a reçu, en 2018 au Bureau Ovale, un soutien sans faille assorti de menaces à peine voilées envers tout concurrent dissident. L’image de ce duo – le magnat xénophobe et le bureaucrate obèse de vanité – est gravée dans l’histoire de l’infamie sportive. La création d’un « Prix de la paix de la FIFA », décerné avec une servilité abjecte à Trump, ne relève pas du ridicule. C’est un acte de collaboration politique. Infantino utilise la FIFA comme une annexe informelle du soft power trumpiste. Lorsque le président américain a instauré son décret discriminatoire anti-immigration, Infantino a déclaré que « le football était uni derrière lui ». Cette phrase pèse des tonnes. Elle signifie qu’un homme censé représenter des milliards de pratiquants, dont une immense majorité issue de l’immigration et des minorités, a choisi le camp de l’oppresseur. Un geste obscène, une trahison de classe et d’origine qui en dit long sur la servilité pathologique du personnage face à la puissance brute.

Et que dire de l’aberration environnementale ? Cette Coupe du Monde 2026 s’étend sur un territoire démesuré, de Mexico à Vancouver, de Boston à Los Angeles. Les équipes, les journalistes, les supporters devront prendre l’avion comme on prend le métro. L’empreinte carbone de cette monstruosité logistique est un doigt d’honneur adressé à la planète et aux générations futures, dans un contexte de dérèglement climatique dramatique. Infantino, qui se gave de subventions au nom d’un « football vert » de pure façade, orchestre le plus grand saccage écologique de l’histoire du sport. Son cynisme est tel qu’il peut, sans ciller, signer des partenariats avec les pétromonarques saoudiens, organiser des compétitions dans le désert climatisé, et poser avec un gilet floqué « Save the Planet » lors d’un congrès. Chaque geste est un mensonge. Chaque parole est une pollution.

La santé des joueurs, variable d’ajustement du profit

L’autre victime de cette fuite en avant, ce sont les joueurs. Infantino, entouré d’une légion de médecins et de scientifiques stipendiés par la FIFA, a mené une guerre méthodique contre l’intégrité physique des principaux acteurs du jeu. L’expansion du calendrier est une agression physiologique. La nouvelle Coupe du Monde des clubs à 32 équipes, l’extension des compétitions continentales, la création de fenêtres internationales toujours plus denses : tout est fait pour saturer le marché jusqu’à la rupture.

Depuis des années, les syndicats de joueurs, l’Association des footballeurs professionnels, les plus grands entraîneurs, tirent la sonnette d’alarme. Les blessures musculaires graves explosent. Les carrières raccourcissent. La fatigue mentale, l’épuisement nerveux, la dépression sportive se généralisent. Gianni Infantino les écoute avec ce sourire de reptile, les félicite pour leur engagement, et signe dans la foulée un nouveau contrat mirifique pour un Mondial tous les deux ans, projet mort-né qu’il a eu l’outrecuidance de défendre comme une avancée « pour le bien du football mondial ». En réalité, c’est le bien du bilan comptable de la FIFA qui est en jeu. Moins de temps entre les compétitions, c’est moins de temps mort pour les sponsors. Les joueurs ne sont pas des athlètes ; ce sont des unités de production de contenu, des machines à générer des droits TV, essorables à merci.

Quand l’entraîneur de Liverpool, Jürgen Klopp, avant son départ, fatigué de prêcher dans le désert, lançait que les joueurs étaient traités « comme des voitures de Formule 1 qu’on pousse jusqu’à ce que le moteur explose », Infantino répondait par des communiqués condescendants sur la nécessité de « protéger le spectacle ». Protéger le spectacle ? Le seul spectacle qu’il protège, c’est celui de sa propre omnipotence, déversant des flots de matches insipides sur des joueurs exténués, pour que le robinet à droits télévisuels ne tarisse jamais. Il sacrifie l’élite du sport mondial sur l’autel de son enrichissement personnel et de celui de sa caste. C’est un crime contre le sport. Un crime lent, prémédité, et parfaitement impuni.

La géopolitique de l’indignité : la FIFA comme officine du pire

Sous Infantino, l’asservissement politique n’est plus un secret honteux ; c’est un axe de communication. Le soutien à Donald Trump est la partie émergée de l’iceberg. L’essentiel est immergé dans les eaux troubles du Golfe et de la péninsule arabique. La Coupe du Monde au Qatar n’a pas été un accident de parcours, mais le protocole d’accord fondateur de sa diplomatie personnelle. Depuis, l’Arabie saoudite est devenue le partenaire central de la FIFA, au point qu’elle se voit déjà attribuer, sans opposition réelle, le Mondial 2034. Infantino a déroulé un tapis rouge sang aux princes saoudiens, leur offrant l’onction morale que seule une institution comme la FIFA pouvait leur fournir.

Chaque tweet, chaque photo de lui aux côtés de Mohammed Ben Salmane, le prince héritier impliqué dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi et dans la guerre dévastatrice au Yémen, est une éclaboussure de boue sur le visage du football. Infantino ne se contente pas de collaborer ; il s’agenouille, il rit aux plaisanteries, il mime l’amitié. Il participe à la danse macabre du « sportswashing » avec un enthousiasme de courtisan. Il a fait de la FIFA le service de relations publiques des pires autocraties de la planète. En échange de quoi ? De contrats de sponsoring pharaoniques, de garanties sur son maintien au pouvoir, et d’une vie de luxe itinérant dans les jets privés et les suites présidentielles. Il a vendu l’âme du football pour un plat de lentilles doré à l’or noir. 

La Coupe du Monde 2030, dans une surenchère ubuesque, est attribuée à six pays répartis sur trois continents. Le football, soi-disant fête de l’unité, devient un symbole de division et d’aberration logistique. Célébrer le centenaire de la compétition en Uruguay, c’était un hommage. Mais le diluer ensuite à travers l’Espagne, le Portugal et le Maroc, c’est imposer un tournoi sans âme, sans logique, sans ferveur populaire continue. C’est un puzzle géopolitique cousu de fil blanc, destiné à contenter des zones d’influence télévisuelle et à répartir les prébendes. Le football des peuples, celui des rues, des stades pleins à craquer de supporters transpirant la passion, Infantino l’ignore. Il n’a jamais dû vivre cette ferveur. Il ne connaît que les tribunes VIP, les mains moites qu’on serre dans les salons climatisés, et le bruit feutré des contrats qu’on signe. 

L’imposture de la rhétorique infantinienne

Pour faire passer cette purge, Infantino a développé une novlangue insupportable, un pathos artificiel qui suinte la malhonnêteté par tous les pores. Ses discours, délivrés d’une voix haut perchée et monotone, sont des chefs-d’œuvre de manipulation vide. « Le football unit le monde », « Nous devons penser aux enfants », « C’est un jour historique pour notre sport » : autant de poncifs rabâchés comme des mantras hypnotiques par un homme dont les actes hurlent le contraire.

Sa propension aux larmes feintes, ses trémolos dans la voix lorsqu’il parle du « rêve » des petites nations, tout cela n’est qu’une mise en scène écœurante. Ces petites nations, il les utilise. Il leur accorde des miettes de participation au Mondial élargi, des strapontins dorés, pour mieux les museler. Une place qualificative de plus pour l’Afrique, l’Asie, la CONCACAF, voilà la monnaie d’échange pour acheter un silence continental. La Coupe du Monde à 48, c’est le prix de la paix sociale au sein de son parlement croupion. Le niveau sportif baisse dramatiquement, les premiers tours sont des purges où des équipes n’ayant rien à faire à ce niveau viennent prendre des déculottées historiques. Qu’importe. L’essentiel est que les présidents de ces fédérations aient leur billet d’avion en première classe, leur accès aux salons, et leur part du gâteau des subventions. Le carnaval de la médiocrité est organisé pour masquer le pillage.

La justice et l’impuissance : portrait d’un intouchable

Le plus désespérant, dans cette descente aux enfers, c’est l’impunité totale qui entoure le personnage. Les enquêtes des procureurs suisses, les soupçons de collusion avec d’anciens magistrats, les vols en jet privé offerts par des États, les accusations de réunions secrètes : rien n’y fait. Infantino a verrouillé tous les contre-pouvoirs. La commission d’éthique, vidée de sa substance dès son arrivée, n’est plus qu’un hochet grotesque. Les médias sont soit menacés, soit contournés par une communication infantilisante et verrouillée. Les confédérations le soutiennent car il est le garant de leurs rentes. C’est un système féodal où le suzerain distribue les fiefs et encaisse les allégeances.

Il a même osé, en 2020, se lancer dans une croisade grotesque contre le racisme, en proposant des gestes symboliques – s’agenouiller, des brassards – que lui-même était incapable d’imposer face aux sifflets, tout en continuant de fréquenter des dirigeants suprémacistes. Chaque fois qu’il ouvre la bouche sur une question de société, c’est une catastrophe diplomatique, un incendie d’hypocrisie. Mais il continue, imperturbable, car il sait que le temps médiatique est court et que sa base électorale est tenue par les cordons de la bourse. Son monde n’est pas celui des tribunes populaires ou des associations de supporters. Son monde est celui des conseils d’administration, des paradis fiscaux et des dîners d’État. Il ne représente pas le football ; il en est le parasite suprême, solidement accroché à l’intestin du monstre, se gorgeant de sa substance vitale. 

Que restera-t-il après lui ? La question est vaine, car rien ne semble pouvoir interrompre ce règne. Infantino a déclaré que son mandat actuel, qui court jusqu’en 2027, n’était que le « premier » de ses trois mandats potentiels, se réfugiant derrière une interprétation tordue des statuts pour s’accrocher au pouvoir jusqu’en 2035. L’horizon est bouché. L’agonie du football sous sa coupe est programmée pour durer.