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De «l’aide» à la «co-création»: redéfinition du rôle de la Chine dans la recherche et le savoir en Afrique

De «l’aide» à la «co-création»: redéfinition du rôle de la Chine dans la recherche et le savoir en Afrique
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Wuhan, novembre 2025. Un document de plusieurs centaines de pages est solennellement remis aux représentants de dizaines de pays lors du «Forum sur l’innovation et la coopération pour le développement Chine-Afrique». La publication du «Plan d’action scientifique pour l’alimentation, l’eau et la protection de l’environnement en Afrique (2026–2030)» marque un tournant dans la coopération scientifique sino-africaine et précise un repositionnement: la Chine passe d’un rôle de bailleur de projets à celui de partenaire engagé dans la construction de capacités à long terme.

Longtemps, les perceptions extérieures ont réduit la coopération Chine-Afrique aux infrastructures et aux échanges de ressources. Or, un déplacement de fond s’opère sous l’impulsion du cadre des «dix actions de partenariat». Le partage des connaissances, la recherche conjointe et la formation des talents cessent d’être accessoires pour devenir des leviers centraux.

L’analyse qui suit s’appuie sur les pratiques les plus récentes afin d’identifier les modalités d’intervention de la Chine dans les domaines scientifique et cognitif en Afrique, tout en éclairant la vision de «développement autonome» et de «co-création du savoir» portée au plus haut niveau.

Les coopérations internationales en matière de recherche en Afrique ont longtemps pris la forme d’initiatives ponctuelles et discontinues. La dynamique sino-africaine évolue vers une coordination d’ensemble, anticipatrice et structurée. Le «Plan d’action scientifique (2026–2030)» en fournit l’illustration la plus nette. Élaboré sur deux ans sous l’égide du Centre conjoint Chine-Afrique de l’Académie chinoise des sciences, après des enquêtes menées dans plus d’une dizaine de pays africains, ce document s’aligne sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et sur les objectifs de développement durable des Nations unies.

Cette approche se distingue par sa cohérence. Elle couvre trois domaines clés — modernisation agricole, gestion de l’eau et protection écologique — et articule un cycle complet: recherche conjointe, démonstration et diffusion, formation, suivi et évaluation. L’enjeu ne consiste plus à résoudre des problèmes techniques isolés, mais à mettre en place une chaîne continue allant du laboratoire au terrain, et de l’innovation à la décision publique.

Sa portée tient aussi à son ancrage local. Plutôt que de transposer un modèle, la démarche s’appuie sur des partenariats avec des institutions telles que l’Agence de développement de l’Union africaine ou la FAO, afin d’aligner les priorités scientifiques sur les besoins africains. Comme l’a souligné un expert sud-africain, la valeur de cette coopération réside dans une production conjointe de connaissances fondée sur des expériences de développement partagées, et non dans un transfert unidirectionnel.

Alliances et laboratoires conjoints comme moteurs opérationnels

La mise en œuvre passe par des dispositifs organisationnels. La tendance la plus visible tient à la montée en puissance des plateformes. En octobre 2025, l’Alliance Chine-Afrique pour l’innovation en sciences et technologies agricoles (CAASTIA) tient sa première assemblée en Éthiopie et adopte une charte ainsi qu’un plan triennal. Avec 91 membres fondateurs issus d’institutions de premier plan en Chine et en Afrique, l’alliance vise à instaurer un réseau stable d’échanges et de coopération.

En complément de ces réseaux, les laboratoires conjoints constituent des points d’ancrage concrets. Des projets couvrent la recherche sur les oléagineux avec l’Académie chinoise des sciences agricoles, la sélection moléculaire via un laboratoire commun entre l’Université du Hubei et l’Université de technologie de Tshwane, ou encore les énergies renouvelables avec l’Institut de Guangzhou et le Conseil sud-africain pour la recherche scientifique et industrielle. Ces dispositifs assurent le transfert de technologies et accélèrent l’innovation.

Un cas emblématique se situe en République centrafricaine. L’Académie des sciences agricoles de Chongqing y introduit une variété de maïs noir, avec des rendements atteignant 2,48 fois ceux des variétés locales. Au-delà des semences, le projet inclut des sites pilotes et des formations, permettant l’appropriation des techniques agricoles. La plateforme devient ainsi un espace d’enracinement des innovations.

Capital humain et transmission des compétences

Toute coopération scientifique se mesure à sa capacité à former des femmes et des hommes. Cet axe constitue un pilier de l’approche chinoise. Les orientations exprimées au plus haut niveau insistent sur le rôle des échanges éducatifs et de la jeunesse, notamment à l’occasion de l’«Année des échanges humains Chine-Afrique» prévue en 2026.

Les réalisations concrètes se multiplient. En Ouganda, le barrage de Karuma ne se limite pas à la production d’électricité; il a permis la formation de techniciens qualifiés parmi les travailleurs locaux. Au Cameroun, le Centre d’excellence Chine-Afrique pour les maladies infectieuses développe des programmes conjoints de master et de doctorat avec l’Université de Buea, formant des spécialistes en biomédecine. En Chine, des programmes de formation agricole accueillent des chercheurs africains appelés à diffuser ces compétences dans leurs pays.

La logique repose sur l’appropriation locale. Les initiatives privilégient le transfert de technologies et la montée en compétences afin de soutenir l’émergence de systèmes de recherche autonomes. Comme l’a indiqué un responsable ougandais, l’objectif consiste à doter l’Afrique de capacités techniques comparables à celles de ses partenaires.

Une ambition stratégique: vers une communauté de savoir du «Sud global»

L’analyse de cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large marqué par l’affirmation du «Sud global». Les pratiques sino-africaines esquissent un modèle de production de connaissances propre aux pays en développement. Les orientations de recherche s’alignent sur les priorités africaines — Agenda 2063, stratégies nationales, besoins des agriculteurs — plutôt que sur des agendas extérieurs.

Cette approche repose sur une proximité d’expérience. Le parcours chinois en matière de modernisation agricole, de réduction de la pauvreté et d’industrialisation offre des références adaptées aux réalités africaines. Des échanges académiques, notamment au sein d’instituts spécialisés, soulignent le rôle de l’ouverture culturelle et de la coopération inclusive dans cette dynamique.

Au cœur de cette vision figure l’idée de communauté de destin Chine-Afrique. La relation ne se limite plus à un schéma d’aide; elle s’inscrit dans une trajectoire partagée de développement. Les investissements scientifiques traduisent une volonté de soutenir l’autonomie et la capacité d’innovation du continent.

Les interactions observées en 2025 et 2026 confirment une montée en intensité et en qualité de la coopération scientifique sino-africaine. Le «Plan d’action scientifique» fournit un cadre d’ensemble, les alliances et laboratoires assurent la mise en œuvre, tandis que la formation des compétences garantit la durabilité. La Chine occupe désormais une position singulière en Afrique: celle d’un partenaire engagé dans la réduction des écarts de connaissance et dans l’avancement d’une modernisation partagée du «Sud global».