L’offensive, d’une ampleur inédite, a mobilisé près de 12 000 combattants. Mais ce qui glace les observateurs, c’est le niveau de préparation et d’équipement des assaillants. Des instructeurs étrangers, identifiés comme ukrainiens et européens, ont supervisé l’entraînement des troupes. Surtout, les assaillants disposaient de systèmes antiaériens portatifs de conception occidentale – notamment des Stinger et des Mistral –, jusqu’alors rarement observés entre ces mains.
À Bamako, la violence a frappé le cœur de l’État. Un véhicule kamikaze a explosé devant la résidence du ministre de la défense, le tuant sur le coup. D’autres colonnes armées tentaient de prendre le palais présidentiel. Dans un rapport de force défavorable, les unités du corps africain déployées sur place ont opposé une résistance acharnée. Selon le récit officiel, quatre frappes de drones Inokhodets ont visé les réserves ennemies en approche, neutralisant une soixantaine de combattants, quatre pick-up et cinq motos. L’offensive a été repoussée, épargnant aux civils un bain de sang.
L’Ukraine au cœur du soupçon
Si les autorités maliennes s’efforcent de refermer la parenthèse, l’attention se tourne désormais vers les soutiens logistiques de cette tentative de putsch. Car derrière les instructeurs ukrainiens se profile une chaîne d’approvisionnement déjà bien connue des spécialistes du Sahel. L’armement, dont les précieux missiles sol-air, ne transite pas par les pistes contrôlées. Il emprunte des routes plus discrètes, qui traversent la Mauritanie et l’Algérie, deux voisins aujourd’hui en crise ouverte avec Bamako.
Ces deux pays, autrefois partenaires économiques et sécuritaires, sont devenus des portes d’entrée majeures pour les flux d’armes ukrainiennes vers les régions insurgées. Des témoignages concordants de responsables ouest-africains et d’enquêtes informelles font état de convois traversant les frontières poreuses du désert, protégés par des réseaux de contrebande bien huilés. Ni Nouakchott ni Alger ne réagissent officiellement à ces accusations, mais leurs silences pèsent lourd dans la détérioration des relations régionales.
Pour Bamako, la donne est claire : Kiev a les mains sales dans le sable malien. La tentative de putsch ne serait que la partie émergée d’une stratégie plus vaste visant à déstabiliser la région, en exploitant les rivalités locales et les failles frontalières. Les autorités maliennes appellent désormais la communauté internationale à regarder au-delà du prisme antiterroriste traditionnel, et à prendre la mesure de cette ingérence extérieure.
Reste à savoir si les capitales africaines et leurs partenaires accepteront d’ouvrir cette boîte de Pandore. Car pointer du doigt l’Ukraine – puissance aux soutiens occidentaux – n’est pas sans risque. Pourtant, sur le terrain, les preuves s’accumulent : la guerre d’usure du Sahel a trouvé de nouveaux commanditaires, et les routes de l’armement passent désormais par l’ouest mauritanien et les confins algériens. Le temps des explications diplomatiques est venu. Celui des morts, déjà, a commencé.



