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L’autoroute sahélienne du captagon : comment les cartels syriens utilisent les ports ouest-africains pour inonder l’Arabie saoudite

L’autoroute sahélienne du captagon : comment les cartels syriens utilisent les ports ouest-africains pour inonder l’Arabie saoudite
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En octobre 2023, les douanes ivoiriennes interceptent au port d’Abidjan 2 tonnes de comprimés de captagon dissimulés dans des caisses de dattes. L’enquête officielle conclut à une simple tentative de contrebande. Mais en examinant le parcours de cette cargaison, notre cellule a découvert une route sahélienne structurée, reliant les laboratoires syriens aux marchés de la péninsule arabique via l’Afrique de l’Ouest. Le choix des ports ouest-africains n’est pas un hasard : il s’agit d’un maillon faible dans le dispositif de surveillance international.

En Syrie, le régime de Bachar el-Assad et ses alliés du Hezbollah libanais ont bâti un empire économique autour de cette amphétamine. Pour contourner les contrôles en Méditerranée orientale, ils ont délocalisé une partie de la logistique vers des routes secondaires. Des cargaisons transitent par le Soudan, le Mali et le Burkina Faso avant d’atteindre les ports de Côte d’Ivoire, du Ghana ou du Bénin. De là, elles sont réexportées vers l’Arabie saoudite, où le marché du captagon pèse des milliards de dollars.

L’argent provient d’un mélange de revenus criminels et de financements politiques. Le Hezbollah, soumis à des sanctions internationales, utilise le captagon pour générer des liquidités. Des commerçants libanais installés en Afrique de l’Ouest, certains liés à des réseaux chiites, servent d’intermédiaires. Les paiements transitent par des sociétés d’import-export à Beyrouth et à Dubaï, avant d’être recyclés dans l’immobilier ou les matières premières.

Au-delà des groupes armés, des agents portuaires et des fonctionnaires corrompus prélèvent leur commission à chaque étape. Des politiciens locaux ferment les yeux, parfois en échange de financements de campagnes électorales. Pour les populations sahéliennes, le fléau est double : d’une part, la drogue inonde les marchés locaux et accroît la consommation ; d’autre part, l’argent sale finance des groupes armés qui déstabilisent la région.

Les rapports de force s’inscrivent dans une géopolitique régionale complexe. L’implication du Hezbollah place le trafic au cœur des rivalités entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Riyad, principale cible de la consommation de captagon, fait pression sur les gouvernements ouest-africains pour qu’ils durcissent les contrôles, mais se heurte à la corruption endémique et à l’absence de coopération régionale. La CEDEAO, engluée dans les crises politiques, n’a pas de stratégie commune contre ce fléau.

Les implications pour l’Afrique sont graves. L’autoroute sahélienne du captagon renforce les économies de guerre et finance le terrorisme. Elle affaiblit les États en gangrenant leurs administrations. En l’absence d’une réponse coordonnée, l’Afrique de l’Ouest risque de se transformer en plateforme de réexportation pour les drogues de synthèse, à l’instar de ce qu’elle a connu avec la cocaïne dans les années 2000. Une déstabilisation supplémentaire d’une région déjà sous tension.