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Dépenses militaires en Afrique : 58,2 milliards $ en 2025, dominées par le Maghreb

La dynamique repose sur deux moteurs principaux : la rivalité stratégique entre l’Algérie et le Maroc, qui domine le classement africain, et la dégradation sécuritaire persistante en Afrique subsaharienne.

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Dépenses militaires en Afrique : 58,2 milliards $ en 2025, dominées par le Maghreb

Les dépenses militaires cumulées des pays africains ont atteint 58,2 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 8,5 % par rapport à 2024, d’après les données publiées le 27 avril par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). L’évolution sur une décennie reste encore plus marquée, avec une hausse de 45 % comparativement à 2016, traduisant un réajustement structurel des priorités budgétaires sur le continent.

Cette trajectoire s’inscrit dans une tendance globale de renforcement des capacités militaires, mais elle révèle surtout des disparités régionales profondes. L’Afrique du Nord concentre à elle seule 35 milliards de dollars de dépenses, soit 60 % du total continental. Une telle concentration traduit le poids déterminant des États maghrébins dans la structuration de l’effort militaire africain.

La hiérarchie des dépenses militaires en Afrique confirme la centralité du Maghreb dans les équilibres stratégiques du continent. L’Algérie se positionne comme le premier dépensier africain avec 25,4 milliards de dollars en 2025, en hausse de 11 % sur un an. Le pays représente à lui seul près de 44 % des dépenses militaires africaines.

Le Maroc occupe la deuxième place avec 6,3 milliards de dollars, en progression de 6,6 %. L’écart entre les deux pays reste significatif, mais leur poids combiné dépasse 54 % du total continental, et plus de 90 % des dépenses de l’Afrique du Nord.

Derrière ce duo, l’Afrique du Sud se maintient à la troisième place avec 3,2 milliards de dollars, malgré une légère baisse de 1,2 % sur un an. Le Nigeria suit avec 2,1 milliards de dollars, enregistrant la plus forte progression parmi les principales économies du continent (+55 %). La République démocratique du Congo apparaît ensuite avec 1,2 milliard de dollars, portée par un contexte sécuritaire tendu.

La montée des dépenses en Afrique du Nord s’explique largement par la rivalité stratégique entre l’Algérie et le Maroc. Les tensions liées à la question du Sahara, territoire objet d’un différend de longue date, structurent les choix budgétaires des deux pays.

L’Algérie consacre environ 25 % de ses dépenses publiques à la défense, un niveau qui la place au deuxième rang mondial selon le Sipri, derrière l’Ukraine. Cette allocation traduit une priorité donnée à la modernisation militaire, soutenue par les revenus des hydrocarbures.

Le Maroc, pour sa part, poursuit un effort d’équipement et de diversification de ses partenariats militaires, avec une progression plus modérée mais continue de ses dépenses. Rabat s’inscrit dans une logique de consolidation de ses capacités défensives et de projection régionale, en cohérence avec ses alliances internationales.

La combinaison de ces deux trajectoires alimente une dynamique de compétition stratégique durable, qui dépasse le cadre bilatéral pour influencer l’ensemble de la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel.

L’Afrique subsaharienne sous pression sécuritaire

La progression des dépenses militaires en Afrique subsaharienne repose sur des facteurs distincts, liés principalement à l’intensification des conflits internes et des menaces asymétriques. Le total régional atteint 23,3 milliards de dollars en 2025, en hausse de 7,4 % sur un an.

Le Nigeria illustre cette évolution avec une augmentation de 55 % de ses dépenses, à 2,1 milliards de dollars. L’aggravation des violences liées aux groupes extrémistes, notamment dans le nord-est du pays, impose un renforcement des moyens militaires.

La République démocratique du Congo enregistre également une hausse significative (+20 %), dans un contexte marqué par les affrontements avec le mouvement rebelle M23. L’intensité du conflit au premier semestre 2025 a conduit à une mobilisation accrue des ressources militaires, avant un cessez-le-feu conclu en juillet.

À l’inverse, l’Afrique du Sud réduit légèrement ses dépenses, poursuivant une tendance observée sur la dernière décennie (-19 % par rapport à 2016). Cette évolution traduit des arbitrages budgétaires contraints, dans un contexte de pression sur les finances publiques.

La Corne de l’Afrique entre consolidation et fragilité

La publication de nouvelles données permet d’intégrer plus précisément la Somalie dans les comparaisons continentales. Le pays a consacré 199 millions de dollars à la défense en 2025, soit une baisse de 4,6 % sur un an, mais une augmentation de 173 % par rapport à 2016.

Cette progression sur le long terme reflète les efforts engagés pour renforcer les capacités de l’État face à l’insurrection d’al-Shabab. Les dépenses militaires restent toutefois limitées en valeur absolue, illustrant les contraintes structurelles pesant sur les pays en situation de fragilité institutionnelle.

L’ensemble de la région demeure caractérisé par une dépendance aux soutiens extérieurs, qu’il s’agisse d’assistance financière, de formation ou d’appui logistique.

Une dynamique inscrite dans un environnement mondial en mutation

L’évolution des dépenses militaires africaines s’inscrit dans un contexte international marqué par une augmentation continue des budgets de défense. À l’échelle mondiale, les dépenses atteignent 2.887 milliards de dollars en 2025, en hausse de 2,9 % selon le Sipri.

Le fardeau militaire mondial représente désormais 2,5 % du produit intérieur brut, soit le niveau le plus élevé depuis 2009. La progression reste toutefois moins rapide qu’en 2024, année marquée par une hausse de 9,7 %.

Les États-Unis enregistrent une baisse de 7,5 % de leurs dépenses, ce qui contribue au ralentissement global. En revanche, les autres pays poursuivent une trajectoire haussière (+9,2 %), confirmant une redistribution progressive des efforts militaires à l’échelle internationale.

Les cinq principaux dépensiers mondiaux — États-Unis, Chine, Russie, Allemagne et Inde — concentrent 58 % des dépenses, ce qui souligne la persistance d’une forte concentration des capacités militaires.

La progression des dépenses militaires en Afrique pose la question de l’équilibre entre impératifs sécuritaires et priorités de développement. Les États les plus engagés dans l’effort militaire disposent généralement de ressources spécifiques, notamment les revenus énergétiques dans le cas de l’Algérie.

Les pays confrontés à des crises sécuritaires internes doivent, quant à eux, arbitrer entre dépenses militaires et investissements économiques, dans des contextes souvent marqués par une contrainte budgétaire forte.

La structuration actuelle des dépenses révèle ainsi une double dynamique : affirmation de capacités souveraines dans certaines régions, et réaction défensive face à des menaces persistantes dans d’autres.

Les tendances observées en 2025 suggèrent une poursuite des pressions à la hausse sur les dépenses militaires africaines à court terme, en lien avec la persistance des tensions régionales et des défis sécuritaires.

Les équilibres au Maghreb devraient continuer à structurer une part importante de l’effort militaire continental, tandis que les dynamiques sécuritaires en Afrique subsaharienne resteront déterminantes pour l’évolution des budgets.